En quête d'une vision - récit d'une randonnée en solo

Ce matin, je lave soigneusement ma multitude de Ziploc, mon linge, ma tente et ma gamelle en repensant aux leçons tirés de ma "quête" dans les SE. Quête parce que dans le petit train-train quotidien on ne prend pas toujours le temps de comprendre ce qui nous arrive et de choisir de vivre autrement. Alors voici le récit de mes aventures.

Dimanche 3 août 2hpm. Une amie me conduit au rang X à Eastman et m'accompagne quelques 100 m sur le sentier direction sud. Il fait chaud et humide. C'est vraiment ma première randonnée en solo plus d'une journée. Le moral est bon comme lorsqu'on pars pour faire notre première épicerie en appart : on sait se qu'on a besoin d'aller chercher mais on sait pas toujours avec quoi on va revenir...

Alors je trimbale mes quelques 50lbs en observant la nature, la verdure, les arbres. Je pense au steak que je mangerai ce soir, aux plantes que j'ai presqu'oublié d'arroser, à la dernière relation de couple qui m'ébranle...et un chevreuil me fait bondir hors de mes pensés. Je m'émeu devant cet animal venu me dire "cou-cou tu ne marche pas au centre d'achat ici...!" C'est vrai, ça bouge beaucoup dans le bois quand on est attentif.

J'ai découvert une de mes plus belles vues en Estrie du haut de ce pic de 340 m juste au nord du lac Trouser.. C'est là que je me suis rappelé comment c'est bon de prendre du temp en solo. Pas de téléphone qui sonne, pas de T.V. bref, loin de tout ce qui peut nous distraire. Je regarde au loin et joue une petite mélodie de guimbarde en sirotant mon once de porto.

Jour 2. 13 km. Je poursuis ma route vers le sud me dirigeant vers la tour du MT-Foster (dont on me fait l'éloge de sa vue spectaculaire). Le moral tiens bon. Encore un chevreuil vient me saluer. Décidément, ils ne sont pas très bavard...Une petite couleuvre sur le sentier me replonge en enfance où je n'avais pas de crainte à les prendre. Ma réserve d'eau diminue et la chaleur intense m'oblige à trouver une source rapidement. Près du ch. Bolton Centre, tout en me rafraîchissant et en faisant provision de cette " source de vie ", je tombe sur une vieille peau de couleuvre. Je me fais la réflexion : moi aussi je peux décider de changer de peau. Il me semble que j'ai le goût de muer.... Après le dîner, au très bel abris couvert à 300m de là, je me foule la cheville comme il faut. La frustration passée, une décision s'impose: est-ce prudent de continuer ? Attendez...j'ai 29 ans et plein de ressources, une bonne forme physique et toute une dose d'orgueuil ! J'ai rattaché ma botte plus serrée, ralentie le pas, mais conservé mon objectif d'atteindre le refuge au Mt-Glen (encore 8km). Laissez-moi vous dire que je n'ai pas vraiment pris le temps d'apprécier la vue du haut de la dite Tour. J'ai mis le " cruise contrôle " et je suis reparti. Avant de sortir du bois, près du stationnement du Mt-Glen, j'ai apperçu un chevreuil qui me semblait le même du début. On dirait qu'il veillait sur moi. Arrivé au centre de ski, juste le temps de raccroché le téléphone avec la personne qui avait mon ittinéraire pour la tenir au courrant des développements, il s'est mis à pleuvoir...mais des clous ! J'ai carrément instalé le " campe " dans la bâtisse de service. J'ai laissé tombé l'idée de monter au refuge à 1,5 km de là.

Jour 3 : 7km. Le monsieur en charge de la bâtisse a bien vue au matin que mon histoire se tenait debout. Il m'a demandé 10. $ pour le tout, " sans problème " je lui ai dit. Après tout, une bonne douche, et dormir au sec ça n'a pas de prix. J'ai sorti un bandage élastique de ma trousse de premier soin et j'ai "stabilisé" ma cheville. Au pire, je dormirai au sommet du Mt-Glen et redescendrai demain matin si ça ne va pas. Mais ça été. J'ai dû reviser mon parcours pour l'adapter à ma capacité et pour ne pas perdre l'objectif de ma quête : faire le ménage dans mes valeurs, intérêts et mes rêves. En faire moins, mais bien le faire. Jusque là, je ressassais un peu mes vieilles histoires tout en faisant l'exercice de focuser sur un sens à la fois. Je mettais mon attention soit sur les odeurs, les choses à observer, les sons et ce qui se passait dans mon corps (tensions, relâchement...). Mais c'est durant ce tronçon que j'ai le plus "baver". La vue, il n'y en avait presque pas, c'était couvert. Les mouche-Ostique, les averses dignes de forêts tropicales, et le poids du sac me faisait douter de tout. J'en ai profité pour me dire mes quatre vérités. "C'est normal d'avoir la chienne de ne pas être à la hauteur de tes choix de vie. Respire. Oui t'a tel tel défaut. Oui tu entretiens des liens superficiels..." Je vous épargne les détails et les mots méchants.

Je me suis dis à un moment : "ça suffit ! Si tu continu, tu va craquer. Maintenant, focus sur ce que tu a envie de vivre dans ta vie, sur qui tu veux être. Cette quête est bien un bon début non ?" Des fois ça fait du bien de se parler à voix haute. J'ai aussi pris le temps de mettre sur papier mes résolutions.

Jour 4 : 7km. Les idées collent parfois...J'ai lutté contre mon tourbillon d'idées en focusant sur ma respiration. J'ai été productif par la suite. Je me suis mis à réfléchir sur mon boulot, les études, ce que j'aimerais réaliser comme rêve seul, en famille et en couple. J'ai revisé mon mode de vie et mes valeurs. Le genre de réflexion qui me donne le chair de poule et que j'ai l'habitude de remettre à demain. Le sentier m'a offert plusieurs vues spectuaculaires sur les montagnes du sud et le lac Brome. J'aurais sûrement pu voir le mont Shefford s'il y avait eu moins de brouilllard.... De bons p'tits bleuets parsemait mon parcours ! Dodo au site de camping sur le sentier à environ 1,5 km au sud du Ch. Baker Talc. Très beau site en passant avec un ruisseau à proximité. Idéal pour se laver un brin (bonne chance aux frilleux-ses).

Jour 5 : 8km. Me voilà dans la zone Écho. Encore beaucoup de coupe de bois, mais la matinée à longer le ruisseau vers le sud valait le coup. "Boy O Boy !" que j'ai eu des framboisiers sur mon chemin -Amenez-vous un sécateur si vous tenez à vos avant-bras et à vos jambes ! À tenter de tasser ces branchailles à coup de bâton de ski, je comprend pourquoi je n'ai vue que des traces de pas de chevreuil et d'orignaux ...La deuxième parti du tronçon étais vraiment belle. De gros arbres et beaucoup de fougères. Mes idées devenaient plus claires et la paix s'installait tranquillement dans mon esprit. Arrivé au camping de l'étang au Castors, j'ai monté ma tenteet je suis allé me promener . Distrait par l'étang, j'y suis allé faire un tour pour y observer ses habitants. Mais...pas de castors. Au lieu, je vois déambuler trois boules noires de l'autre côté de l'étang ! C'était une mère et ses deux oursons noirs ! Un ruisseau près d'eux devait les empêcher de m'entendre et le vent venait vers moi. Je les ai admiré pendant dix minutes, à jouer dans les arbres, et sur le bord de l'eau dans leur habitat naturel. Quel cadeau ce fut d'avoir la chance d'admirer leur quotidien. je remerciai dame nature pour ses surprises innatendues (Ce n'étais pas la première fois que je voyais des ours - d'ailleur, j'ai toujours mis ma nourriture loin du campement accroché à un arbre très haut ou sous la terre)

Jour 6: 4,5 km. Je profite de ce dernier avant-midi pour contempler la nature. Ce tronçon, passant par le col du Diable, est exceptionnelement beau : bel aménagement de sentier, plusieurs ruisseaux et petits étangs ainsi qu'un ruisseau taillé dans la pierre donnant l'allure d'un canyon ! J'étais heureux de sortir du bois, mais en même temps, ça me déchirait de laisser cette belle nature pour revenir dans le quotidien.

Je suis sorti sur le chemin de la Falaise, vers l'est . Je n'ai pas eu de difficulté à avoir un lift, malgré mon apparence un peu "bûcheron". Rendu sur la rampe d'accès de l'autoroute sorti Lac Brome, même pas deux minutes plus tard, je lève les yeux et un bon ami à moi me ramenait, par je ne sais quel adon incroyable, devant chez moi ! C'est dans ces moments là que je me dis que la vie fait bien les choses.

Je lui racontai mon récit d'aventure avec cette flamme à l'intérieur. Le sentiment d'être plus près de mon ressenti, de parler avec mes trippes, d'être redevenu familier avec la part négligé en moi. Et maintenant, quatre jours plus tard, je constate que cette "Quête" m'a permis de me réconcilier avec moi-même, d'être plus tolérant et bien sûr, d'apprécier davantage les ressources en moi et autour de moi.

P.S. Mon petit doigt me dit que je reprendrai l'expérience au moins une fois par année.

Pour toute questions, ou commentaires, n'hésitez pas à me joindre :nbalasi@hotmail.com

Bonne randonnée !

Nicolas Balasi, Sherbrooke le 13 août 2003